Jurnal

20 octombrie 2010

Lettre fermée (dans mon poing)

Dédié à celui qui ne peut pas céder

I.

On écrit souvent des lettres pour marquer en encre les traces des nos passages dans la vie des autres.
On écrit pour s’assurer que le silence est plus profond dehors et qu’il ne menace pas la conscience, sa pauvre sœur aînée.
On écrit aux vieux, les seuls capables de définir l’enfer et aux enfants qu’ils n’ont pas (encore) oublié le Royaume de Dieu.
On écrit même pour les pas-nés et pour les anges, si l’on a trop de douleurs en nous ou des désirs cachés.
Si on n’est pas contents de nous-mêmes ou si on l’est trop, on écrit.
Et, comme ça, on commence peu à peu… à oublier de parler.

II.

On écrit sur les murs, sur les chemins de fer avec des sémaphores toujours en rouge, sur les feuilles humides du matin,
Sur les berceaux sans sourire, les tombeaux des nos grands-parents, les histoires des pauvres pêcheurs et sur les pieds de la chimère aux dents en argent…
On écrit et on cherche après, désespérés, les faveurs d’intertextualité. Mais on a trop de voies et une direction précise, assumée… jamais.
Et, comme ça, on commence peu à peu… à oublier de marcher.

III.

On écrit en marquant les différences « dogmatiques » entre la romance et le poème philosophique, le lied et la mélopée… On est très sûrs, mêmes dans nos échecs, et on devient aussi des Maîtres « en… sur licité »
On dépasse nos ombres, on se moque du destin, on faufile bien tous les mots et on finit par s’inscrire dans les canons de la littérature et des arts. Puis, on devient des visages lumineux aux insertions de nos propres récits ou histoires.
Mais… on n’est que des pauvres… « Images » et on redeviendra « nous-mêmes » de nouveau… jamais.
Bref, comme ça, on évite de chercher le miroir et de regarder.

IV.

On écrit et on se croit les tout-puissants du monde. On a déjà la richesse de Crésus, la force d’Hercule et la beauté d’Apollon mais elles finissent par nous offenser.
Parmi les vagues de la grandeur, comme dans un rêve orageux, on (se) pose timides la question : « On a perdu la pureté de l’enfance et la simplicité? »
Oui, ils nous manquent toujours les mots en pierre, en eau et en feu, et l’infini nous reste toujours éloigné…
Mais on écrit, encore et encore, en suivant le chant de la chimère, notre muse dévouée.
Et, comme ça, on ignore que l’infini ne peut pas être divisé, rompu, parsemé…  Et, en plus, on n’a pas eu qu’un seul roi, sous La Tour de Babel, sacrifié.

V.

On écrit des histoires originales, sur les anciennes feuilles vertes, et après on affirme notre suprématie et l’unicité.
Oui, c’est la même carte et la même légende qu’on impose, mais toujours avec d’autres fausses marques d’inspiration, d’autres points cardinaux et degrés.
Sur quoi (mon Dieu!) peut-on écrire une lettre si… tout a été écrit sur tout, dès le début de l’enfer ?
Mais on écrit néanmoins… car notre envie de parler est devenue vraiment faible, devant les essais incontournables du cerveau de rester sourd et muet.
Et comme ça, on oublie peu à peu de partager.


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VI.

On écrit allongés sur la table ronde, seuls au bord incertain de nos pensées. Le sabre-coussin garde bien nos cauchemars et, dans sa lame en or, notre tête reste figée.
On devient tous des héros en armures lourdes, mais aucun ne peut décrire un réel champ de bataille et accomplir la mission d’un vrai chevalier.
On construit des châteaux verts sur les dunes : les tours  faibles – milles mots, les portes d’entrée – millions d’amertumes.
On écrit, oui, et comme ça on ignore que pour édifier la maison de nos âmes on n’a pas besoin d’être maçons ou charpentiers : pour de vrai, on n’a que le cadre et le tableau de la vie il nous reste toujours étranger.
On se refugie donc dans les linceuls des paroles pour prendre en silence la griffe de l’enfer. Toute entière.
Et, comme ça, on oublie peu à peu de prier.

VII.

On écrit pour ceux qui cherchent à établir l’ordre de l’amour, en invoquant la voie de Platon ou Crusoe mais jamais la parole de Dieu.
On écrit pour ce genre d’aveugles qui n’ont pour but que de tracer la différence entre « femme » et « madone »,
On écrit surtout pour ceux qui aiment follement et qui meurent heureux le matin après,
Et on écrit aussi pour ceux qui cherchent l’amour-passion et qui s'enfuissent de l’amour-religion.
Pour tous ceux qui boivent (mais pas « par erreur ») le vin herbé  de Tristan,
Pour les fous, qui n’arrivent pas à valider leur amour dans le mythe,
Pour ceux qui envoient des questions en bas (vers eux-mêmes)  et des mercis en haut (vers les cieux),
Pour ceux qui reconnaissent le triomphe de la mort mais pas la complète, l’implacable victoire,
Et pour ceux qui acceptent de perdre la guerre des regards en continuant toujours la guerre des cœurs,
On écrit.

VIII.

On écrit même pour ceux qui participent aux interminables tournois, pour gagner l’illusion de l’amour,
Et pour ceux qui attendent, jour après jour, un signe de Dieu, en faisant de la passion… une folie, à leur tour.
On écrit pour ceux qui se taisent comme les grottes, qui cachent leurs sentiments en prières et, pour ne pas rendre profane leur amour, préfèrent l’enterrer sous les pierres.

IX.

On écrit pour ceux qui crient et hurlent que leurs livres sont vrais,
Et pour ceux qui n’écrivent pas, mais qui affirment à haute voix: au dessus de la parole de Dieu, on trouvera autre jamais.
Pour ceux qui font de leur vie une parade de navires en tempête, et pour ceux qui acceptent en silence leur destin sans conquête.
Aussi… on écrit pour ceux qui se mentent convaincant, en ronflant : « le bonheur de la vie est ici, trouve l’audace et prends-le dans tes dents ! »
Mais, surement, après tous… on écrit pour ceux qui acceptent sans balance : le bonheur sur la terre n’a ni poids ni substance.

X.

Nos paroles pleurent sur tout et pour tous : sur les toits, les tombeaux et sur les allées, on écrit pour les vaincus, les héros, les  bénis, les damnés
Les mêmes vœux, mêmes  mensonges, mêmes syllabes en dentelle,
Et surtout on écrit (en évitant de parler)… les nuits d’anniversaire…

XI.

Maintenant, à la fin, je me pose une simple question – Bon, elle n’est pas si simple mais plutôt un peu bouleversante :
« Pourquoi on n’écrit jamais, le moment de la mort, pour les âmes mourantes ? »

XII.

Pendant cette nuit, une lettre fermée dans mon poing a pleuré,
En cherchant les vagues de la mer calme et tranquille pour plonger.
Mais la chaîne emmêlée des paroles, peut être touchée par la seule aile de mon ange solitaire,
A gagné, à l’aurore,  son droit pour... le vol dans l’amer.

***

Quand tu lis, les yeux griffent des cratères et d'abîmes sur mon cœur et mon âme qui bénissent,
Cette valse éthérée de la plume sous le double signe du… vingt*dix.

®Ana Vîrlan - 20.10.2010

 

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